Les sourds, une minorité culturelle et linguistique: déni du handicap ou défi interculturel ?

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Résumé

Deux visions paradigmatiques de la surdité la situent soit dans le champ du handicap, soit dans une affirmation culturelle, le plus souvent de façon exclusive. Notre analyse des enjeux liés aux concepts de handicap, de déficit et de culture sourde nous invite au contraire à interroger ces deux paradigmes de façon dialectique. Il faut, selon nous, penser l’émergence de cultures sourdes en lien étroit avec l’absence d’audition et l’usage de langues signées. La notion canguilhémienne de normativité permet d’envisager ce passage d’une situation marquée par un manque à la création de formes de vie caractérisées par de nouvelles normes. Ces formes de vie sont, comme les autres, marquées par une finitude et une contingence qui n’empêchent pas la vie mais orientent le rapport au monde des sujets. Ce rapport au monde peut être qualifié de « juste et suffisant » en montrant en particulier le rôle de la plasticité cérébrale et de la redondance sensorielle dans la construction du sujet en lien avec l’environnement. La configuration perceptive en l’absence d’audition, le partage de langues signées, la perception du monde et sa construction symbolique tant individuelle que collective constituent autant d’éléments en interaction dans ce processus normatif qu’est l’émergence d’une culture. L’affirmation culturelle sourde constitue ainsi une interpellation anthropologique pour penser les fondements d’autres cultures ainsi que certains enjeux de la rencontre des cultures – en particulier entre cultures majoritaires et minoritaires.

Cette interrogation sur les paradigmes et concepts mis en jeu par la surdité prélinguale permet également d’ouvrir des pistes face aux questions éthiques suscitées dans le champ des soins de santé.
langue originaleFrançais
Nombre de pages300
étatEn préparation - 15 déc. 2018

mots-clés

  • sourd, handicap, normes, normativité, Canguilhem, rencontre interculturelle

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TY - BOOK

T1 - Les sourds, une minorité culturelle et linguistique

T2 - déni du handicap ou défi interculturel ?

AU - Dagneaux, Isabelle

PY - 2018/12/15

Y1 - 2018/12/15

N2 - Deux visions paradigmatiques de la surdité la situent soit dans le champ du handicap, soit dans une affirmation culturelle, le plus souvent de façon exclusive. Notre analyse des enjeux liés aux concepts de handicap, de déficit et de culture sourde nous invite au contraire à interroger ces deux paradigmes de façon dialectique. Il faut, selon nous, penser l’émergence de cultures sourdes en lien étroit avec l’absence d’audition et l’usage de langues signées. La notion canguilhémienne de normativité permet d’envisager ce passage d’une situation marquée par un manque à la création de formes de vie caractérisées par de nouvelles normes. Ces formes de vie sont, comme les autres, marquées par une finitude et une contingence qui n’empêchent pas la vie mais orientent le rapport au monde des sujets. Ce rapport au monde peut être qualifié de « juste et suffisant » en montrant en particulier le rôle de la plasticité cérébrale et de la redondance sensorielle dans la construction du sujet en lien avec l’environnement. La configuration perceptive en l’absence d’audition, le partage de langues signées, la perception du monde et sa construction symbolique tant individuelle que collective constituent autant d’éléments en interaction dans ce processus normatif qu’est l’émergence d’une culture. L’affirmation culturelle sourde constitue ainsi une interpellation anthropologique pour penser les fondements d’autres cultures ainsi que certains enjeux de la rencontre des cultures – en particulier entre cultures majoritaires et minoritaires. Cette interrogation sur les paradigmes et concepts mis en jeu par la surdité prélinguale permet également d’ouvrir des pistes face aux questions éthiques suscitées dans le champ des soins de santé.

AB - Deux visions paradigmatiques de la surdité la situent soit dans le champ du handicap, soit dans une affirmation culturelle, le plus souvent de façon exclusive. Notre analyse des enjeux liés aux concepts de handicap, de déficit et de culture sourde nous invite au contraire à interroger ces deux paradigmes de façon dialectique. Il faut, selon nous, penser l’émergence de cultures sourdes en lien étroit avec l’absence d’audition et l’usage de langues signées. La notion canguilhémienne de normativité permet d’envisager ce passage d’une situation marquée par un manque à la création de formes de vie caractérisées par de nouvelles normes. Ces formes de vie sont, comme les autres, marquées par une finitude et une contingence qui n’empêchent pas la vie mais orientent le rapport au monde des sujets. Ce rapport au monde peut être qualifié de « juste et suffisant » en montrant en particulier le rôle de la plasticité cérébrale et de la redondance sensorielle dans la construction du sujet en lien avec l’environnement. La configuration perceptive en l’absence d’audition, le partage de langues signées, la perception du monde et sa construction symbolique tant individuelle que collective constituent autant d’éléments en interaction dans ce processus normatif qu’est l’émergence d’une culture. L’affirmation culturelle sourde constitue ainsi une interpellation anthropologique pour penser les fondements d’autres cultures ainsi que certains enjeux de la rencontre des cultures – en particulier entre cultures majoritaires et minoritaires. Cette interrogation sur les paradigmes et concepts mis en jeu par la surdité prélinguale permet également d’ouvrir des pistes face aux questions éthiques suscitées dans le champ des soins de santé.

KW - sourd, handicap, normes, normativité, Canguilhem, rencontre interculturelle

M3 - Livre

BT - Les sourds, une minorité culturelle et linguistique

ER -