Paul Nougé: Eros et les miroirs d'argent

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Abstract

En 1929, l’écrivain Paul Nougé (connu pour avoir été la « tête pensante » du groupe surréaliste de Bruxelles) réalise à l’aide d’un petit Kodak 19 photographies qui ne seront dévoilées qu’après sa mort, dans un opuscule titré La Subversion des images (1967). D’après les notes qui accompagnent ces clichés, l’expérience visait à déterminer les procédés permettant de conférer à une image un effet bouleversant. En première approche, cependant, ces photographies sont parfaitement banales : ce sont des clichés amateurs, qu’aucun procédé original ne vient signer ou distinguer, à tout le moins, des usages de l’époque. Or il ne s’agit pas d’un manque de savoir-faire : il faut au contraire y voir une démarche singulière, qui valorise le réalisme « désincarné » des images photographiques (un « ‘‘réalisme’’ qui veut que l’objet se prenne à exister comme si l’auteur n’y était pour rien », écrit Nougé). Tel est, pour Nougé, le « point de contact entre littérature et photographie » : tandis que l’objectif photographique rend illisible le point de vue ou l’intention de l’opérateur (comme on le voit dans La Subversion des images), les techniques d’écriture qu’il a mises au point rendent impossible un usage singularisant du langage, c’est-à-dire l’affirmation d’un style, qui opérerait à la manière d’une signature. Les procédés d’écriture « dépersonnalisent » les textes écrits ou créent, en ce qui concerne les exercices de réécriture auxquels se livre Nougé, des effets de dé-signature troublants. C’est ce que nous proposons d’analyser, en pointant la récurrence de métaphores photographiques.
Original languageFrench
JournalRevue internationale de Photolittérature
Issue number1
Publication statusPublished - 11 Oct 2017

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