Job et la main de Dieu

Research output: Contribution in Book/Catalog/Report/Conference proceedingChapter (peer-reviewed)

Abstract

La main est puissance d’action et capacité d’expression. Son sens n’est pas donné une fois pour toute. Dieu n’a pas de main, et pourtant, on parle de la main de Dieu ou des dieux et on la représente. Dans la Bible hébraïque, sur environ 1800 emplois de « main » (yad : 1600x ; kaph : 200x), 1/9 se réfère à la main de Dieu. Elle est liée au pouvoir, à la force, la puissance, parfois jusqu’à leur être synonyme. Elle exerce une puissance tantôt positive, tantôt négative.
Dans le livre de Job, tous les locuteurs mentionnent la main (61x) : la main de Dieu (17x), de Job (18x) et du Satan (3x). La main de Dieu est le problème de Job, et il en parle surtout quand il s’adresse à Dieu. Il évoque sa puissance d’action : elle crée, elle détruit. Être dans la main de Dieu, est-ce pour un bien ou pour un mal ? La main de Dieu est aussi capacité d’expression et de relation. En tant que créatrice de Job, la main de Dieu est ressentie par lui comme bonne et pleine d’amour. Mais en dehors de ce champ, cette main est redoutable, agressive. Ces deux faces de la main de Dieu expriment les deux faces de la relation de Job à Dieu.
Le dédoublement de Dieu et de sa main rappelle qu’on a deux mains. Dans la Bible hébraïque, la main gauche de Dieu n’est jamais évoquée, à la différence de sa droite. L’action de Dieu reste indivise. Une théologie ultérieure, présente dans le « Poème des quatre nuits » du targum du Pentateuque, dit que Dieu tuait les premiers-nés de l’Égypte de sa gauche et sauvait les premiers-nés d’Israël de sa droite. Job expérimente la main bienfaitrice de Dieu, essentiellement en son être créé, et la main malfaisante de Dieu, mais il ne distingue pas la gauche de la droite. C’est la même main, le même Dieu, et ce dédoublement en Dieu pose problème. Le prologue avait émis une autre hypothèse, en distinguant non pas entre deux mains mais entre deux personnages, Dieu et le Satan, qui ont chacun leur main. Cette hypothèse sauvegarde le monothéisme et tend à dédouaner Dieu de la responsabilité directe du mal. La figure du Satan disparaît dès la fin du prologue. Néanmoins, sa voix réapparaît en catimini dans l’imagination de Job. L’image qu’il s’est forgée de la main de Dieu, hormis la main créatrice, est l’image selon le Satan. Entre les deux faces de la main de Dieu que Job a imaginées, la parole de Dieu tranchera. Se révélant tel qu’en lui-même et d’abord comme Créateur, Dieu aura au moins montré que sa puissance ne détruit pas Job, qu’elle est don de la vie, et que l’intuition du retour au fondement, à l’être créé, était bonne. L’irruption furtive du nom de YHWH, dans l’affirmation que la main de YHWH a tout créé et qu’en elle se tient tout vivant (Jb 12,9-10), se révèle, in fine, dans sa pleine vérité.
Original languageFrench
Title of host publicationWisdom for Life
Subtitle of host publicationEssays offered to honor Prof. Maurice Gilbert, SJ on the occasion of his eightieth birthday
EditorsNuria Calduch-Benages
Place of PublicationBerlin - Boston
PublisherWalter de Gruyter GmbH
Pages61-83
Number of pages23
ISBN (Electronic)978-3-11-030164-9
ISBN (Print)978-3-11-030162-5
Publication statusPublished - 2014

Publication series

NameBeihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft
PublisherWalter de Gruyter
Volume445

Cite this

Mies, F. (2014). Job et la main de Dieu. In N. Calduch-Benages (Ed.), Wisdom for Life: Essays offered to honor Prof. Maurice Gilbert, SJ on the occasion of his eightieth birthday (pp. 61-83). (Beihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft; Vol. 445). Berlin - Boston: Walter de Gruyter GmbH.
Mies, Françoise. / Job et la main de Dieu. Wisdom for Life: Essays offered to honor Prof. Maurice Gilbert, SJ on the occasion of his eightieth birthday. editor / Nuria Calduch-Benages. Berlin - Boston : Walter de Gruyter GmbH, 2014. pp. 61-83 (Beihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft).
@inbook{9aa33d75784d4c968f5d6d8d0f4b9f2c,
title = "Job et la main de Dieu",
abstract = "La main est puissance d’action et capacit{\'e} d’expression. Son sens n’est pas donn{\'e} une fois pour toute. Dieu n’a pas de main, et pourtant, on parle de la main de Dieu ou des dieux et on la repr{\'e}sente. Dans la Bible h{\'e}bra{\"i}que, sur environ 1800 emplois de « main » (yad : 1600x ; kaph : 200x), 1/9 se r{\'e}f{\`e}re {\`a} la main de Dieu. Elle est li{\'e}e au pouvoir, {\`a} la force, la puissance, parfois jusqu’{\`a} leur {\^e}tre synonyme. Elle exerce une puissance tant{\^o}t positive, tant{\^o}t n{\'e}gative. Dans le livre de Job, tous les locuteurs mentionnent la main (61x) : la main de Dieu (17x), de Job (18x) et du Satan (3x). La main de Dieu est le probl{\`e}me de Job, et il en parle surtout quand il s’adresse {\`a} Dieu. Il {\'e}voque sa puissance d’action : elle cr{\'e}e, elle d{\'e}truit. {\^E}tre dans la main de Dieu, est-ce pour un bien ou pour un mal ? La main de Dieu est aussi capacit{\'e} d’expression et de relation. En tant que cr{\'e}atrice de Job, la main de Dieu est ressentie par lui comme bonne et pleine d’amour. Mais en dehors de ce champ, cette main est redoutable, agressive. Ces deux faces de la main de Dieu expriment les deux faces de la relation de Job {\`a} Dieu. Le d{\'e}doublement de Dieu et de sa main rappelle qu’on a deux mains. Dans la Bible h{\'e}bra{\"i}que, la main gauche de Dieu n’est jamais {\'e}voqu{\'e}e, {\`a} la diff{\'e}rence de sa droite. L’action de Dieu reste indivise. Une th{\'e}ologie ult{\'e}rieure, pr{\'e}sente dans le « Po{\`e}me des quatre nuits » du targum du Pentateuque, dit que Dieu tuait les premiers-n{\'e}s de l’{\'E}gypte de sa gauche et sauvait les premiers-n{\'e}s d’Isra{\"e}l de sa droite. Job exp{\'e}rimente la main bienfaitrice de Dieu, essentiellement en son {\^e}tre cr{\'e}{\'e}, et la main malfaisante de Dieu, mais il ne distingue pas la gauche de la droite. C’est la m{\^e}me main, le m{\^e}me Dieu, et ce d{\'e}doublement en Dieu pose probl{\`e}me. Le prologue avait {\'e}mis une autre hypoth{\`e}se, en distinguant non pas entre deux mains mais entre deux personnages, Dieu et le Satan, qui ont chacun leur main. Cette hypoth{\`e}se sauvegarde le monoth{\'e}isme et tend {\`a} d{\'e}douaner Dieu de la responsabilit{\'e} directe du mal. La figure du Satan dispara{\^i}t d{\`e}s la fin du prologue. N{\'e}anmoins, sa voix r{\'e}appara{\^i}t en catimini dans l’imagination de Job. L’image qu’il s’est forg{\'e}e de la main de Dieu, hormis la main cr{\'e}atrice, est l’image selon le Satan. Entre les deux faces de la main de Dieu que Job a imagin{\'e}es, la parole de Dieu tranchera. Se r{\'e}v{\'e}lant tel qu’en lui-m{\^e}me et d’abord comme Cr{\'e}ateur, Dieu aura au moins montr{\'e} que sa puissance ne d{\'e}truit pas Job, qu’elle est don de la vie, et que l’intuition du retour au fondement, {\`a} l’{\^e}tre cr{\'e}{\'e}, {\'e}tait bonne. L’irruption furtive du nom de YHWH, dans l’affirmation que la main de YHWH a tout cr{\'e}{\'e} et qu’en elle se tient tout vivant (Jb 12,9-10), se r{\'e}v{\`e}le, in fine, dans sa pleine v{\'e}rit{\'e}.",
keywords = "Bible, livre de Job, main de Dieu",
author = "Fran{\cc}oise Mies",
year = "2014",
language = "Fran{\cc}ais",
isbn = "978-3-11-030162-5",
series = "Beihefte zur Zeitschrift f{\"u}r die Alttestamentliche Wissenschaft",
publisher = "Walter de Gruyter GmbH",
pages = "61--83",
editor = "Nuria Calduch-Benages",
booktitle = "Wisdom for Life",
address = "Allemagne",

}

Mies, F 2014, Job et la main de Dieu. in N Calduch-Benages (ed.), Wisdom for Life: Essays offered to honor Prof. Maurice Gilbert, SJ on the occasion of his eightieth birthday. Beihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft, vol. 445, Walter de Gruyter GmbH, Berlin - Boston, pp. 61-83.

Job et la main de Dieu. / Mies, Françoise.

Wisdom for Life: Essays offered to honor Prof. Maurice Gilbert, SJ on the occasion of his eightieth birthday. ed. / Nuria Calduch-Benages. Berlin - Boston : Walter de Gruyter GmbH, 2014. p. 61-83 (Beihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft; Vol. 445).

Research output: Contribution in Book/Catalog/Report/Conference proceedingChapter (peer-reviewed)

TY - CHAP

T1 - Job et la main de Dieu

AU - Mies, Françoise

PY - 2014

Y1 - 2014

N2 - La main est puissance d’action et capacité d’expression. Son sens n’est pas donné une fois pour toute. Dieu n’a pas de main, et pourtant, on parle de la main de Dieu ou des dieux et on la représente. Dans la Bible hébraïque, sur environ 1800 emplois de « main » (yad : 1600x ; kaph : 200x), 1/9 se réfère à la main de Dieu. Elle est liée au pouvoir, à la force, la puissance, parfois jusqu’à leur être synonyme. Elle exerce une puissance tantôt positive, tantôt négative. Dans le livre de Job, tous les locuteurs mentionnent la main (61x) : la main de Dieu (17x), de Job (18x) et du Satan (3x). La main de Dieu est le problème de Job, et il en parle surtout quand il s’adresse à Dieu. Il évoque sa puissance d’action : elle crée, elle détruit. Être dans la main de Dieu, est-ce pour un bien ou pour un mal ? La main de Dieu est aussi capacité d’expression et de relation. En tant que créatrice de Job, la main de Dieu est ressentie par lui comme bonne et pleine d’amour. Mais en dehors de ce champ, cette main est redoutable, agressive. Ces deux faces de la main de Dieu expriment les deux faces de la relation de Job à Dieu. Le dédoublement de Dieu et de sa main rappelle qu’on a deux mains. Dans la Bible hébraïque, la main gauche de Dieu n’est jamais évoquée, à la différence de sa droite. L’action de Dieu reste indivise. Une théologie ultérieure, présente dans le « Poème des quatre nuits » du targum du Pentateuque, dit que Dieu tuait les premiers-nés de l’Égypte de sa gauche et sauvait les premiers-nés d’Israël de sa droite. Job expérimente la main bienfaitrice de Dieu, essentiellement en son être créé, et la main malfaisante de Dieu, mais il ne distingue pas la gauche de la droite. C’est la même main, le même Dieu, et ce dédoublement en Dieu pose problème. Le prologue avait émis une autre hypothèse, en distinguant non pas entre deux mains mais entre deux personnages, Dieu et le Satan, qui ont chacun leur main. Cette hypothèse sauvegarde le monothéisme et tend à dédouaner Dieu de la responsabilité directe du mal. La figure du Satan disparaît dès la fin du prologue. Néanmoins, sa voix réapparaît en catimini dans l’imagination de Job. L’image qu’il s’est forgée de la main de Dieu, hormis la main créatrice, est l’image selon le Satan. Entre les deux faces de la main de Dieu que Job a imaginées, la parole de Dieu tranchera. Se révélant tel qu’en lui-même et d’abord comme Créateur, Dieu aura au moins montré que sa puissance ne détruit pas Job, qu’elle est don de la vie, et que l’intuition du retour au fondement, à l’être créé, était bonne. L’irruption furtive du nom de YHWH, dans l’affirmation que la main de YHWH a tout créé et qu’en elle se tient tout vivant (Jb 12,9-10), se révèle, in fine, dans sa pleine vérité.

AB - La main est puissance d’action et capacité d’expression. Son sens n’est pas donné une fois pour toute. Dieu n’a pas de main, et pourtant, on parle de la main de Dieu ou des dieux et on la représente. Dans la Bible hébraïque, sur environ 1800 emplois de « main » (yad : 1600x ; kaph : 200x), 1/9 se réfère à la main de Dieu. Elle est liée au pouvoir, à la force, la puissance, parfois jusqu’à leur être synonyme. Elle exerce une puissance tantôt positive, tantôt négative. Dans le livre de Job, tous les locuteurs mentionnent la main (61x) : la main de Dieu (17x), de Job (18x) et du Satan (3x). La main de Dieu est le problème de Job, et il en parle surtout quand il s’adresse à Dieu. Il évoque sa puissance d’action : elle crée, elle détruit. Être dans la main de Dieu, est-ce pour un bien ou pour un mal ? La main de Dieu est aussi capacité d’expression et de relation. En tant que créatrice de Job, la main de Dieu est ressentie par lui comme bonne et pleine d’amour. Mais en dehors de ce champ, cette main est redoutable, agressive. Ces deux faces de la main de Dieu expriment les deux faces de la relation de Job à Dieu. Le dédoublement de Dieu et de sa main rappelle qu’on a deux mains. Dans la Bible hébraïque, la main gauche de Dieu n’est jamais évoquée, à la différence de sa droite. L’action de Dieu reste indivise. Une théologie ultérieure, présente dans le « Poème des quatre nuits » du targum du Pentateuque, dit que Dieu tuait les premiers-nés de l’Égypte de sa gauche et sauvait les premiers-nés d’Israël de sa droite. Job expérimente la main bienfaitrice de Dieu, essentiellement en son être créé, et la main malfaisante de Dieu, mais il ne distingue pas la gauche de la droite. C’est la même main, le même Dieu, et ce dédoublement en Dieu pose problème. Le prologue avait émis une autre hypothèse, en distinguant non pas entre deux mains mais entre deux personnages, Dieu et le Satan, qui ont chacun leur main. Cette hypothèse sauvegarde le monothéisme et tend à dédouaner Dieu de la responsabilité directe du mal. La figure du Satan disparaît dès la fin du prologue. Néanmoins, sa voix réapparaît en catimini dans l’imagination de Job. L’image qu’il s’est forgée de la main de Dieu, hormis la main créatrice, est l’image selon le Satan. Entre les deux faces de la main de Dieu que Job a imaginées, la parole de Dieu tranchera. Se révélant tel qu’en lui-même et d’abord comme Créateur, Dieu aura au moins montré que sa puissance ne détruit pas Job, qu’elle est don de la vie, et que l’intuition du retour au fondement, à l’être créé, était bonne. L’irruption furtive du nom de YHWH, dans l’affirmation que la main de YHWH a tout créé et qu’en elle se tient tout vivant (Jb 12,9-10), se révèle, in fine, dans sa pleine vérité.

KW - Bible

KW - livre de Job

KW - main de Dieu

M3 - Chapitre (revu par des pairs)

SN - 978-3-11-030162-5

T3 - Beihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft

SP - 61

EP - 83

BT - Wisdom for Life

A2 - Calduch-Benages, Nuria

PB - Walter de Gruyter GmbH

CY - Berlin - Boston

ER -

Mies F. Job et la main de Dieu. In Calduch-Benages N, editor, Wisdom for Life: Essays offered to honor Prof. Maurice Gilbert, SJ on the occasion of his eightieth birthday. Berlin - Boston: Walter de Gruyter GmbH. 2014. p. 61-83. (Beihefte zur Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft).