Choisir une langue minorisée pour contrer les inégalités sociales: Le choix de l'enseignement bilingue langue des signes (LSFB) - français en Belgique francophone par les parents d'enfants sourds

Laurence Meurant, Charles Gaucher, Sarah Kirsch

Research output: Contribution to conferenceOther

Abstract

Les langues des signes, notamment la Langue des signes de Belgique francophone (LSFB) et la Langue des signes Québécoise (LSQ), sont les langues partagées au sein des communautés de sourds à travers le monde. Langues toujours minoritaires, elles ont aussi la particularité inédite de ne se transmettre qu’exceptionnellement au sein du foyer et donc de compter parmi leurs locuteurs très peu de natifs. La majorité (au moins 95 %) des enfants sourds naissent en effet de parents qui entendent et n’ont souvent eu aucun contact avec une langue signée avant l’arrivée de la surdité dans leur famille (Clerebaut, 2005). En faisant le choix d’une langue signée pour leur enfant, certains parents vont à l’encontre d’une norme collective relative aux processus culturels de transmission linguistique (Dalle-Nazebi, 2014). Cette décision les amène à apprendre cette nouvelle langue ainsi que la culture sourde qu’elle véhicule (Dubuisson et al., 2002). Mais, en plus d’être des langues sans écriture, les langues signées portent les stigmates de la déficience qui est à l’origine de cette modalité visuo-gestuelle du langage humain. Par conséquent, nombreuses sont les familles qui ne veulent pas associer leur enfant au monde des signeurs et évitent les contacts avec la langue signée. Ces parents se justifient souvent en affirmant qu’ils essaient de rendre la vie de leur enfant la plus « normale » possible (Pelchat, 2012).
Pourtant, des structures d’enseignement, voire des textes de lois, organisent pour les enfants sourds un enseignement bilingue entre une langue des signes et la langue vocale majoritaire dans différents pays. C’est le cas notamment en Belgique francophone, où la langue des signes est reconnue officiellement depuis 2003, et où différents décrets (2009, 2013 et 2016) reconnaissent et organisent un enseignement bilingue par inclusion de groupes d’élèves sourds au sein de classes ordinaires. Au Canada, une école de Montréal (école Gadbois) a également adopté l’enseignement bilingue, bien qu’on ne soit qu’à l’étape de discussion dans les perspectives de reconnaissance des langues signées dans ce pays. A l’autre extrême, les mêmes états promeuvent l’intégration d’enfants sourds de manière isolée au sein d’écoles régulières, misant alors sur une éducation centrée sur la langue vocale, moyennant quelques adaptations en lien avec des services adaptés. Cette forme de scolarisation, très exigeante pour l’enfant sourd (Meynard, 2003) et nécessitant un accès minimal à la parole orale, offre une réponse aux craintes des parents et du milieu de la surdité par rapport au statut minoritaire des langues signées et à la vision déficitaire de la surdité.
Cette contribution vise à étudier les représentations linguistiques qui émergent des témoignages de parents entendants d’enfants sourds lorsqu’ils parlent des langues des signes et du français. Ces représentations seront mises en perspective avec le choix posé par ces parents pour ou contre un enseignement bilingue. Il s’agira de mieux comprendre ce qui se joue lorsque les parents doivent poser le choix de la trajectoire éducative et linguistique de leurs enfants ayant une surdité, et en particulier ce qui permet à certains de se tourner vers une langue minorisée.
Original languageFrench
Publication statusUnpublished - 2017
EventMinorisation linguistique et inégalités sociales - Université de Moncton, Moncton, Canada
Duration: 4 Oct 20177 Oct 2017

Conference

ConferenceMinorisation linguistique et inégalités sociales
CountryCanada
CityMoncton
Period4/10/177/10/17

Cite this

@conference{129b8c9fd9974c748f75f8ff68412fa9,
title = "Choisir une langue minoris{\'e}e pour contrer les in{\'e}galit{\'e}s sociales: Le choix de l'enseignement bilingue langue des signes (LSFB) - fran{\cc}ais en Belgique francophone par les parents d'enfants sourds",
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author = "Laurence Meurant and Charles Gaucher and Sarah Kirsch",
year = "2017",
language = "Fran{\cc}ais",
note = "Minorisation linguistique et in{\'e}galit{\'e}s sociales ; Conference date: 04-10-2017 Through 07-10-2017",

}

Choisir une langue minorisée pour contrer les inégalités sociales : Le choix de l'enseignement bilingue langue des signes (LSFB) - français en Belgique francophone par les parents d'enfants sourds. / Meurant, Laurence; Gaucher, Charles; Kirsch, Sarah.

2017. Minorisation linguistique et inégalités sociales, Moncton, Canada.

Research output: Contribution to conferenceOther

TY - CONF

T1 - Choisir une langue minorisée pour contrer les inégalités sociales

T2 - Le choix de l'enseignement bilingue langue des signes (LSFB) - français en Belgique francophone par les parents d'enfants sourds

AU - Meurant, Laurence

AU - Gaucher, Charles

AU - Kirsch, Sarah

PY - 2017

Y1 - 2017

N2 - Les langues des signes, notamment la Langue des signes de Belgique francophone (LSFB) et la Langue des signes Québécoise (LSQ), sont les langues partagées au sein des communautés de sourds à travers le monde. Langues toujours minoritaires, elles ont aussi la particularité inédite de ne se transmettre qu’exceptionnellement au sein du foyer et donc de compter parmi leurs locuteurs très peu de natifs. La majorité (au moins 95 %) des enfants sourds naissent en effet de parents qui entendent et n’ont souvent eu aucun contact avec une langue signée avant l’arrivée de la surdité dans leur famille (Clerebaut, 2005). En faisant le choix d’une langue signée pour leur enfant, certains parents vont à l’encontre d’une norme collective relative aux processus culturels de transmission linguistique (Dalle-Nazebi, 2014). Cette décision les amène à apprendre cette nouvelle langue ainsi que la culture sourde qu’elle véhicule (Dubuisson et al., 2002). Mais, en plus d’être des langues sans écriture, les langues signées portent les stigmates de la déficience qui est à l’origine de cette modalité visuo-gestuelle du langage humain. Par conséquent, nombreuses sont les familles qui ne veulent pas associer leur enfant au monde des signeurs et évitent les contacts avec la langue signée. Ces parents se justifient souvent en affirmant qu’ils essaient de rendre la vie de leur enfant la plus « normale » possible (Pelchat, 2012).Pourtant, des structures d’enseignement, voire des textes de lois, organisent pour les enfants sourds un enseignement bilingue entre une langue des signes et la langue vocale majoritaire dans différents pays. C’est le cas notamment en Belgique francophone, où la langue des signes est reconnue officiellement depuis 2003, et où différents décrets (2009, 2013 et 2016) reconnaissent et organisent un enseignement bilingue par inclusion de groupes d’élèves sourds au sein de classes ordinaires. Au Canada, une école de Montréal (école Gadbois) a également adopté l’enseignement bilingue, bien qu’on ne soit qu’à l’étape de discussion dans les perspectives de reconnaissance des langues signées dans ce pays. A l’autre extrême, les mêmes états promeuvent l’intégration d’enfants sourds de manière isolée au sein d’écoles régulières, misant alors sur une éducation centrée sur la langue vocale, moyennant quelques adaptations en lien avec des services adaptés. Cette forme de scolarisation, très exigeante pour l’enfant sourd (Meynard, 2003) et nécessitant un accès minimal à la parole orale, offre une réponse aux craintes des parents et du milieu de la surdité par rapport au statut minoritaire des langues signées et à la vision déficitaire de la surdité. Cette contribution vise à étudier les représentations linguistiques qui émergent des témoignages de parents entendants d’enfants sourds lorsqu’ils parlent des langues des signes et du français. Ces représentations seront mises en perspective avec le choix posé par ces parents pour ou contre un enseignement bilingue. Il s’agira de mieux comprendre ce qui se joue lorsque les parents doivent poser le choix de la trajectoire éducative et linguistique de leurs enfants ayant une surdité, et en particulier ce qui permet à certains de se tourner vers une langue minorisée.

AB - Les langues des signes, notamment la Langue des signes de Belgique francophone (LSFB) et la Langue des signes Québécoise (LSQ), sont les langues partagées au sein des communautés de sourds à travers le monde. Langues toujours minoritaires, elles ont aussi la particularité inédite de ne se transmettre qu’exceptionnellement au sein du foyer et donc de compter parmi leurs locuteurs très peu de natifs. La majorité (au moins 95 %) des enfants sourds naissent en effet de parents qui entendent et n’ont souvent eu aucun contact avec une langue signée avant l’arrivée de la surdité dans leur famille (Clerebaut, 2005). En faisant le choix d’une langue signée pour leur enfant, certains parents vont à l’encontre d’une norme collective relative aux processus culturels de transmission linguistique (Dalle-Nazebi, 2014). Cette décision les amène à apprendre cette nouvelle langue ainsi que la culture sourde qu’elle véhicule (Dubuisson et al., 2002). Mais, en plus d’être des langues sans écriture, les langues signées portent les stigmates de la déficience qui est à l’origine de cette modalité visuo-gestuelle du langage humain. Par conséquent, nombreuses sont les familles qui ne veulent pas associer leur enfant au monde des signeurs et évitent les contacts avec la langue signée. Ces parents se justifient souvent en affirmant qu’ils essaient de rendre la vie de leur enfant la plus « normale » possible (Pelchat, 2012).Pourtant, des structures d’enseignement, voire des textes de lois, organisent pour les enfants sourds un enseignement bilingue entre une langue des signes et la langue vocale majoritaire dans différents pays. C’est le cas notamment en Belgique francophone, où la langue des signes est reconnue officiellement depuis 2003, et où différents décrets (2009, 2013 et 2016) reconnaissent et organisent un enseignement bilingue par inclusion de groupes d’élèves sourds au sein de classes ordinaires. Au Canada, une école de Montréal (école Gadbois) a également adopté l’enseignement bilingue, bien qu’on ne soit qu’à l’étape de discussion dans les perspectives de reconnaissance des langues signées dans ce pays. A l’autre extrême, les mêmes états promeuvent l’intégration d’enfants sourds de manière isolée au sein d’écoles régulières, misant alors sur une éducation centrée sur la langue vocale, moyennant quelques adaptations en lien avec des services adaptés. Cette forme de scolarisation, très exigeante pour l’enfant sourd (Meynard, 2003) et nécessitant un accès minimal à la parole orale, offre une réponse aux craintes des parents et du milieu de la surdité par rapport au statut minoritaire des langues signées et à la vision déficitaire de la surdité. Cette contribution vise à étudier les représentations linguistiques qui émergent des témoignages de parents entendants d’enfants sourds lorsqu’ils parlent des langues des signes et du français. Ces représentations seront mises en perspective avec le choix posé par ces parents pour ou contre un enseignement bilingue. Il s’agira de mieux comprendre ce qui se joue lorsque les parents doivent poser le choix de la trajectoire éducative et linguistique de leurs enfants ayant une surdité, et en particulier ce qui permet à certains de se tourner vers une langue minorisée.

M3 - Autre

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